L’ambiance en ce début de saison 2025/2026 est pesante. Mais un récit a transpercé les réseaux et les médias durant l’été et son sujet interroge. Alors que la baisse des subventions dans le sport était acté depuis quelques temps, cela a poussé un récit autour de l’avenir des associations sportives féminine professionnels, que ce soit football, cyclisme, handball, basket etc… Soutenue par les pouvoirs publics et en panne de solutions d’avenir immédiate. Hors, en mettant l’accent uniquement sur le sport féminin, on décale le problème, car dans les faits, ce n’est pas uniquement les programmes féminins qui sont touchés par les baisses, mais tout l’ensemble du tissus associatif sportif. Je m’intéresserais, dans cet article, au déclin des associations sportives subventionnées ; j’expliquerais pourquoi ce modèle ne répond plus aux besoins fondamentaux de ses principales parties prenantes ; et je présenterais un nouveau modèle qui, je le pense, pourrait bien supplanter l’association subventionnée comme structure dominante.
Le vent tourne
Les premiers signes de déclin des associations subventionnées remontent durant la décennie précédente, la pandémie COVID 19 a redonné l’élan d’avant, avec la politique d’ultra subventionisation de l’économie. Une parenthèse enchantée qui a tous déréglée. Hors, depuis quelque temps, le ton change. Il y a quelques mois, j’ai demandé à un dirigeant comment allait, financièrement, sa structure et son prévisionnel pour la saison avenir. Il m’a répondu immédiatement que ses subventions avaient baissées de 30% et qu’il ne savait pas comment faire. Plus tard, un autre dirigeant de club me précise qu’il lui manque 4.000 euros pour assurer le financement de sa structure. Lui aussi ne savait pas vraiment comment faire. Auparavant, un président était heureux de m’annoncer qu’il avait pérenniser le poste de sa chargée de développement, via des subventions d’emplois pendant trois ans. Je trouvais une dissonance entre pérennisation et trois ans. Ainsi, le premier réflexe est de revenir au monde d’avant, oubliant les leçons du récent passé ou l’abondance était la norme. Une situation paradoxale, qui fait que chacun a oublié les conséquences des années 2020 et 2021 sur le modèle économique des structures associative sportive. Car tout a été maintenue. Récemment j’ai lu le détail d’un budget d’un club de rugby d’environ 250.000 euros, dont 169.000 euros d’actions lucratives, à savoir : Loto, Tombola, vente produits divers, soirée et repas etc… Ainsi, les premières solutions sont de revenir à l’événementiel. D’ailleurs, le dirigeant pour trouver les 4.000 euros manquant a réalisé deux lotos et une vente de fromage durant sa saison pour assurer son budget. Toutefois, si une pandémie ou une crise majeure survient ? en face de moi, j’ai la réaction suivante : « L’Etat assurera comme la dernière fois. » Donc pas de problèmes, continuons comme cela.
Je me souviens, une année j’avais perdue 4.000 euros d’une année sur l’autre en subvention. J’avais été mal et il a fallu que je réfléchisse pour tenir mon prévisionnel. Mentalement la situation installe une pression nouvelle et engage une profonde réflexion, car trouver l’argent pour combler ne doit pas relever du court-termisme. Sauf que c’est toujours comme cela.
Si l’événementiel est revenue en force dans les structures, l’autre dirigeant du début de mon propos m’a répondu au bout d’un moment : « je vendrais du sponsoring pour 500 euros, il y a des entreprises qui m’en doivent une. » J’étais interdit, devant cet état d’esprit. Personnellement, j’ai commencé ma carrière dans le monde sportif en ayant pour mission de chercher des partenaires pour combler 20.000 euros de pertes de subventions et je connais le scénario par cœur.
La grande majorité des clubs sont économiquement construit sur un modèle vieux de 60 ans et uniquement basé sur la dénomination ASL (Adhérents et Subvention Locale). Il a évolué en AESL (Adhérent, Evènements et Subvention Locale). Ainsi, Il est plus facile de jouer sur les curseurs pour compenser un manquement budgétaire, d’augmenter les licences ou adhésion la saison suivante, ou chercher des sponsors ou créer des événements pour assurer son budget. Et se dire que l’Etat assurera l’avenir.
L’échec de l’association sportive subventionnée
Des démarches furent entreprises pour améliorer la structuration financière des associations sportives. Les aides à la structuration des associations sportives organisent d’ailleurs le fléchage économique… des subventions, uniquement. Puis, un cap sur l’apprentissage et l’emploi a été entrepris. La période COVID-19 a été un paradis ou l’arrivée en masse de jeunes gens devaient combler la perte des bénévoles durant cette période et aider à la structuration des associations. Un récit fabuleux. Et en cas de baisse ou suppression de subventions ? le premier réflexe est d’aller chercher d’autres subventions et pivoter sa structure.
Cette recherche de la subvention a poussé les associations sportives subventionnées à répondre à un manque organisé et qui était assuré par d’autres organisations, plus directement rattachée au financement. Hors, cela a provoqué à la création de récit permanent et la réalité n’existe plus. Remplir un dossier de subvention c’est raconter un récit, une fiction idéale. Qui se transforme en fiction permanente, car à force de construire son projet autour des subventions nous croyons aux fables que l’on écrit. Comme le fait d’être une structure active pour l’emploi ou d’avoir une raison sociétale forte. Malheureusement, la réalité est que vous participez au chômage de masse des jeunes et que vous ne réalisé que des tables rondes d’informations, devant quelques personnes seulement. Cela ne justifie pas les milliers d’euros obtenus. Alors, pour les subventions d’Etat et quelques subventions régionale, un bilan est obligatoire pour continuer d’être éligible. Mais, la fiction des chiffres continue de sortir de la réalité des faits. C’est l’effet Shérazade, ou la princesse racontait tellement d’histoires chaque nuit qui se transformaient en mensonge, qu’elle croyait à sa fiction en détriment de la réalité. Les dirigeants sont satisfaits, pensent qu’ils sont positifs, mais… il y a un mais qu’ils n’acceptent jamais d’écouter.
Malgré les correctifs, la subvention pour une association sportive est une illusion de structuration. Cela l’éloigne systématiquement du projet club et de ses plans de développement. La subvention a poussée à diversifier les actions et à faire dépendre la structuration des associations sportives pour articuler pour répondre à la demande. Avec des conséquences. Cela empêche les associations sportive de réellement se structurer et d’avoir son propre récit commun avec ses parties prenantes.
Cette situation structurelle engage un problème, à savoir que les associations sportives subventionnées ne servent plus les intérêts de leur partenaire privés et ni la plus fondamentale de leur force de travail, le développement personnel du savoir.
Les partenaires privés
La France est assez unique dans son genre concernant l’incitation au financement privé. Des dispositifs de crédit d’impôt pour dons existe dan le cadre de l’impôt sur le bénéfice des sociétés ou sur le revenu. Sauf que notre pays est celui qui aide le plus. En Italie la réduction est de 26%, Portugal et Espagne, 25%, la Nouvelle-Zélande 33%, en France c’est 66% pour un particulier. Selon l’ouvrage « Les Français et l’argent » de Daniel Cohen et Claudia Senik, la France a historiquement visé à limiter le développement de l’intervention privée dans la fourniture de biens publics. C’est en 1989, que la déduction future dans le cadre de l’impôt et son taux a augmenté depuis les années 1990 pour devenir la subvention la plus élevé des pays développés. En 2016, cette politique a représentée au total 2,2 milliards d’euros dans les comptes de l’état, c’est 3.5 milliards en 2022.
Beaucoup de clubs vendent des prestations à leur partenaire privés, mais en réalité, l’argument principal est cette déduction fiscale. Réduisant, à la fois l’implication du partenaire dans le projet du club, qu’il ne finance pas réellement, car il est un complément, pire, des études ont montré que si vous présentez non plus votre offre sous le prisme du crédit d’impôt, mais sous la forme du complément par l’Etat du don de l’entreprise, la contribution doublera.
Un jour, un dirigeant de club m’a annoncé que la saison prochaine, son club avait signé pour 16.000 euros. Deux ans plus tard, il n’avait plus que 5.000 euros et je lui ai dit qu’en réalité il n’avait que 1700 euros de partenaires privés, car le reste c’était une subvention de l’Etat. Il était furieux de l’entendre. Pour lui ce n’était pas la vérité.
Depuis 2017, avec la Loi Pacte, les entreprises sont encouragés à développer leur impact sociétale. Lançant et finançant une association interne pour leur salariés. Cela a stoppé beaucoup de discussions et même relation entre partenaire privé et association sportive.
En juillet 2025, un rapport réalisé par l’inspection générale de finances et par l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, remis au gouvernement Bayrou suggérait de rendre moins avantageux le réductions fiscales. Le document propose de passer à un régime de déduction fiscale, c’est-à dire de réduire la somme imposable, avant impôt. L’idée fait son chemin et cela aura un impact très important dans le financement des clubs à moyen terme. Mais cela permettra d’économiser 523 millions d’euros par an.
Au bout du compte, les partenaires privés n’auront pas la capacité de remplacer les subventions publics, ou même d’encourager les associations sportives à affronter plus agressivement la situation. La culture n’est pas au sponsoring, mais à la levée de fond.
Le développement personnel du savoir
Ils sont la principale valeur d’une association sportive. Et voilà le cœur du problème des associations sportives subventionnée, le principal moteur de la valeur au sein de la structure, ils donnent de leur temps pour des objectifs qui ne les concernent plus. Les véritables donneurs d’ordre, n’entrent jamais en contact avec les membres qui composent les associations sportives.
Les subventions publics, soutienne l’emploi. Force qui s’est développée depuis 2020. Les apprentis se sont multipliés, l’emplois signé, mais à chaque fois via une aide. 8000 euros pour les apprentis, à l’époque, et entre 7.000 et 12.000 euros par an, pour l’emploi, selon le dispositif. Tout est cumulable pour rassurer des budgets d’association sportive qui ont explosé sur la période. Je me souviens d’une réunion ou une subvention de 32.000 euros sur 18 mois était accordé pour la création d’un responsable digital. Lorsque j’ai demandé pourquoi c’était pertinent pour la structure et ce qu’il allait faire. La réponse autour de la table a été un glacial : « t’inquiète pas, on va trouver. » l’important était d’avoir l’emploi, une ressource humaine et l’emploi était encouragé. Ainsi, nous sommes entré dans un âge d’or. Mais, désormais le chant des sirènes n’est plus. L’apprentissage n’est plus que de 6.000 euros pour 12 mois, et l’emploi plafonne désormais à 10.000 euros par an, pour l’ANS. Cela provoque un effet domino ravageur. Les générations 18/21 ans sont privilégiés par les clubs, car ne coûtant presque rien annuellement, mais ils n’ont aucune expérience et sorte du BAC avec de l’espoir et une formation qui se réduit fortement. La génération des plus de 25 ans, déjà stigmatisé dans le précédent dispositif de financement est carrément effacé des perspectives. Pire, les associations sportives se retrouve sous la pression d’un ticket d’entrée à durée limitée pour créer un poste de toute pièce, afin de bénéficier de l’aide en question. Le/la candidat(e) au final ne fait pas grand-chose durant sa mission. L’important étant de prendre l’emploi, sans réfléchir à l’après, la mission suffira en termes de prestige. L’autre versant est que ses professionnels, ont de moins en moins d’attachement à leur association sportive, car le financement de leur poste est précaire et leur perspective devient aussi précaire. Transformant en intérimaire permanent, profitant de chaque poste pour étoffer un CV. L’association sportive a ainsi le beau rôle de l’histoire. Toujours gagnant.
Depuis une dizaine d’année, l’individu est dans une course accélérée de développement personnel. Cette démarche par le biais du sport c’est accentué depuis quelques années. Et cela rend l’association sportive désabusée devant la puissance individuel. Au-delà des annonces de manque de bénévole en début de saison en septembre, ou lors des Assemblée Générale de Juin, la réalité est que c’est les bénévoles qui pivote dans un monde où ils tentent de se rémunérer en fonction de leur savoir (comprendre diplôme). Car le modèle fédérale pousse vers l’augmentation du savoir. Mais, cela transforme l’association sportive en place de marché. L’investissement sur son bénévole est fortement réduit, car avec la nouvelle économie qui s’accélère, certaine structure associative sportive resterons isolés.
Le nouveau modèle
Donc il faut trouver des modèles nouveaux. Le modèle subventionnés fait que on lève des fond, réalise des actions sortant de la mission de l’Association Sportive, mais rien n’avance, car un turnover des individus est encore plus important qu’avant. Hors, dans le sport, la réussite est construite sur la stabilité.
La solution est de construire une nouvelle relation avec les partenaires privés et les inclurent plus profondément dans le projet de l’association sportive. Construire en commun un projet club. Cela donnera un cap aux parties prenantes et permettra de construire des clubs affaires plus efficace. Transformant la relation non plus comme un complément, mais comme un membre dirigeants majeur en investissant dans une histoire commune et durable.
L’autre solution est de transformer la relation avec les travailleurs du savoir et les bénévoles du savoir. Ils n’ont pas vocation à penser hors du cadre, ils sont le cadre. La structuration de type Socios, sur le modèle des clubs espagnols du Real Madrid FC ou FC Barcelone, permettant une plus grande démocratie (ce qui n’est pas le cas dans le système associatif sportif actuel, qui donne toute la puissance au président). Ici le président est élu par les adhérents, suivant un programme qu’il propose et suivant une durée précise. Cela encouragera une co-gouvernance et une écoute plus grande. La stabilité doit revenir pour assurer un succès sportif et financier. Cela permettra aussi de construire un nouveau pacte avec les partenaires privés, qui aura plus de valeur et évoluera vers un processus de sponsoring plus moderne et moins mécénat.
Soyons sur, les associations sportive subventionnées et les subventions publics ne disparaitrons pas pour autant. Mais, le marché des missions d’actions, plutôt que de faciliter la création de valeur sur le long terme, l’entrave de manière croissante, réduisant les possibilités de développement de l’association sportive et sape la motivation des personnes les plus à même de créer de la valeur pour la structure. Certains diront toujours que ce n’est pas leur cas, j’en connais. Mais ils sont dans ce monde de déni. Ecoutant Shérazade et ses contes pendant encore milles et une nuits.
Marc Limacher – Octobre 2025
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